Macbeth

 

En Écosse, à l’issue de la bataille contre les armées norvégiennes, où Macbeth, le cousin du Roi, s’est distingué, trois sorcières annoncent à Macbeth qu’il sera roi.

Macbeth fait part de cette prédiction à sa femme. Il est récompensé par le Roi, qui lui annonce qu’il va passer une nuit chez lui. Lady Macbeth persuade son mari de tuer le Roi pendant son sommeil. Macbeth accuse les gardes du meurtre, et les tue. Les fils du Roi s’enfuient.

Macbeth est devenu Roi d’Écosse, mais il continue de tuer pour conforter son pouvoir. Cependant, il est hanté par des hallucinations et sa raison vacille. Il consulte à nouveau les sorcières, dont les visions ne le réconfortent qu’à-moitié. Il ne peut être tué par un homme né de femme, et son royaume ne risque rien tant que la forêt de Birnam ne se mettra pas en route vers son château.

Lady Macbeth devient folle et cherche inlassablement à laver des taches de sang sur ses mains.

Une armée se lève depuis l’Angleterre pour l’Écosse. Macbeth est encore confiant, même si les seigneurs le désertent les uns après les autres. Mais l’armée devant lui, pour dissimuler son nombre, coupe des branches de la forêt de Birnam pour se dissimuler derrière elles.

 

 

Macbeth est une pièce maléfique. D’ailleurs les comédiens anglais, par superstition, ne prononçaient pas le nom et l’appelaient « la pièce écossaise ». C’est la plus courte des tragédies de Shakespeare. Tout est épuré, pas d’histoire parallèle, pas de comparse amusant. Il reste les crimes et les remords, et cette présence malfaisante des sorcières. Toutefois Macbeth n’est pas envouté, il garde son libre-arbitre. Sans doute est-il poussé par Lady Macbeth, mais il tue en pleine connaissance de cause. Et, dans ce monde brutal, Shakespeare ne leur oppose que le remords primitif, l’oppression de la faute inexpiable, celle d’un Caïn.

 

 

Lady Macbeth – Il a bientôt fini de manger. Pourquoi avez-vous quitté la salle ?

Macbeth – M’a-t-il demandé ?

Lady Macbeth – Évidemment.

Macbeth – Nous n’irons pas plus loin dans cette affaire. Il vient de me combler d’honneurs, et je bénéficie, parmi les hommes de toutes les conditions, d’une réputation aussi brillante que l’or, que je dois porter dans l’éclat de sa nouveauté, au lieu de m’en défaire si vite.

Lady Macbeth – Était-elle dans les brumes de l’alcool, cette espérance dont vous vous revendiquiez ? s’est-elle assoupie ? et donc elle se réveille maintenant pour se dresser pâle et livide au souvenir de ce qui lui apparaissait si prometteur ? Et alors ?... faut-il que j’en juge de la même manière de l’amour que tu as pour moi ? As-tu peur de ne pas être de même, dans tes actions et dans ta détermination, que dans tes perspectives d’avenir ? Tu aspires à ce qui sera le couronnement de ta vie, mais tu vivras en lâche à te propres yeux, comme le chat du proverbe, qui voudrait bien, mais qui n’ose pas !

Macbeth – Tais-toi, je t’en prie. Tout ce qu’un homme peut faire, je l’ose ! Au-delà, ce n’est plus digne d’un homme.

Lady Macbeth – Alors quelle sorte de bête est-ce que tu étais, quand tu m’as révélé toute cette affaire ? Quand tu l’as envisagée, tu étais pourtant un homme ! Et en osant devenir plus grand que tu ne l’es, tu n’en serais que plus homme. Hier, il n’y avait ni l’occasion ni les circonstances pour te seconder, et tu voulais les faire naître l’une et l’autre. Elles se sont présentées d’elles-mêmes ! Et toi, devant cette chance, te voilà paralysé ! J’ai allaité, Macbeth, et je sais comme il est doux de chérir le bébé qui vous tète. Et pourtant, au moment où il me souriait, je l’aurais arraché de mon sein et je lui aurais éclaté la cervelle, si je l’avais juré comme vous avez juré ceci !

Macbeth – Et si nous allions manquer notre coup ?

Lady Macbeth – Nous n’allons pas manquer notre coup ! Il te faut arrimer ton courage à cette idée, et nous n’allons pas rater notre coup. Lorsque Duncan sera endormi, et le voyage fatigant d’aujourd’hui va l’entraîner dans un sommeil profond, je vais prendre soin de ses deux aides de camp, à force de vin et de liqueurs, jusqu’à ce que leur mémoire parte en fumée, et que la cuve de leur raison ne soit plus qu’un alambic. Quand un sommeil de bête accablera leurs corps abrutis, qui nous empêchera d’agir, toi et moi, sur un Duncan sans défense ? Et qui nous empêchera d’attribuer à ses gardes pleins de vin le crime de notre terrible meurtre ?...

Macbeth – Ma Dame, ne mets au jour que des garçons, car la trempe de ton âme ne peut convenir qu’à des mâles… Mais tu as raison : si nous nous servons de leurs propres poignards, si nous mettons du sang sur leurs corps endormis, est-ce qu’on pourra douter qu’ils aient commis le forfait ?

Lady Macbeth – Et qui osera douter quand nous nous répandront en cris et en lamentations à l’annonce de sa mort ?

Macbeth – Me voilà décidé. Je vais tendre toute ma volonté vers cet acte terrible. Allons, et en attendant, allons égayer la compagnie. Un visage faux doit cacher le secret d’un cœur faux !