Othello

Othello est un mercenaire africain qui s’est distingué dans les guerres de Venise contre les Turcs. Il est tombé amoureux de la jeune noble (blanche) Desdémone, et c’est un amour partagé. Si leur mariage provoque quelques grincements de dents, Venise a tout de même besoin du général Othello pour sa défense contre une récente attaque turque. Othello est envoyé à Chypre et Desdémone l’accompagne. Les suivent également un officier, Iago, qui nourrit une haine viscérale contre Othello, qu’il dissimule si bien qu’il devient le confident du Général. Il élabore depuis cette position un plan pour se débarrasser d’un officier rival, Cassio, puis commence à instiller le doute dans l’esprit d’Othello sur la vertu de Desdémone. Rongé par la jalousie, Othello ira jusqu’à commettre l’irréparable.

Othello est l’une des grandes tragédies de Shakespeare. La machine infernale fomentée par Iago est le fil conducteur d’une plongée qui nous entraine, pauvres spectateurs, jusqu’à un dénouement qui semble inéluctable, malgré les rebondissements qui, parfois, redonnent espoir. Il faut y ajouter l’exceptionnelle analyse psychologique des principaux personnages, le très viril et tourmenté Othello, l’inoubliable Desdémone, douce mais volontaire, amoureuse sans réserves et sans préjugés, et enfin le glaçant Iago, retors, manipulateur et hypocrite, l’une des plus grandes compositions de personnage maudit dans la littérature théâtrale.

Iago – Vous le penseriez ?
Othello – Je le pense, Iago !
Iago – Quoi ! un baiser clandestin ?
Othello – Un baiser volé !
Iago – Mais rester au lit toute nue avec son ami, une heure ou deux, sans songer à mal ?
Othello – Nus ensemble au lit, Iago, sans songer à mal ? C’est faire l’hypocrite avec le diable. Ceux qui n’ont que des pensées pures et qui font cela, tentent le ciel mais le diable tente leur vertu.
Iago – S’ils ne font rien, c’est une faute légère. Mais si je donne un mouchoir à ma femme…
Othello – Eh bien ?
Iago – Eh bien alors, il est à elle, monseigneur, et, comme il est à elle, elle peut, je le suppose, l’offrir à n’importe qui.
Othello – Son honneur lui appartient aussi. Est-ce qu’elle peut le donner ?
Iago – L’honneur est une notion qui ne se voit pas. Bien des femmes qui en ont en réalité n’en ont plus. Mais pour le mouchoir…
Othello – Par le ciel, je l’aurais bien oublié. Tu dis ? Ah, cela revient sur mon esprit comme le corbeau sur la maison du malade, en présage de malheur. Il avait mon mouchoir ?
Iago – Oui, mais qu’importe ?
Othello – C’est assez grave, tout de même.
Iago – Et que serait-ce si je vous disais que je l’ai vu vous faire offense ? que je l’ai entendu dire... car il y a de ces voyous qui, à force d’assiduités, ont réussi à faire céder une femme, qui s’est donnée, et ils ne peuvent pas s’empêcher de se vanter.
Othello – Il a dit quelque chose ?
Iago – Oui, monseigneur. Mais rien qu’il ne nierait pas sous serment, vous pouvez me croire.
Othello – Et qu’a-t-il dit ?
Iago – Ma foi, qu’il s’était retrouvé… bon, je ne sais pas vraiment.
Othello – Quoi ? quoi ?
Iago – Couché…
Othello – Avec elle ?
Iago – Avec elle, sur elle, ce que vous voudrez.
Othello – Avec elle, sur elle ! Couché sur elle ! C’est complet ! Le mouchoir ! Un aveu ! Le mouchoir ! Lui faire avouer, et ensuite le pendre pour son forfait ! non, d’abord pendu, et ensuite les aveux ! J’en tremble de tout mon corps. On ne se retrouve pas saisi d’une fureur si noire s’il n’y avait pas une grande cause ! Ce ne sont pas des mots qui me secouent. Bah ! Nez, oreilles et lèvres ! Est-il possible ? Un aveu ! le mouchoir ! Ô, par le diable...
Il tombe en transes.
Iago – Travaillez, mes poisons, travaillez ! Voilà comment les crétins crédules sont pris ! Voilà comment des dames innocentes, chastes et de qualité, tombent dans l’opprobre ! Eh ? Ho ? Monseigneur ? Vous m’entendez ? Othello ! (Cassio entre) Ah, vous voilà, Cassio.
Cassio – Que s’est-il passé ?
Iago – Mon seigneur est tombé en convulsions. C’est la seconde attaque. Il en a eu une hier.
Cassio – Il faut lui frictionner les tempes.
Iago – Non, laisse-le. Il faut que la crise suive son cours. Sinon vous le verrez écumer et passer à une frénésie sauvage. Regarde, il récupère. Éloigne-toi un moment, il va revenir à lui. Quand il sera parti, je voudrais parler d’une affaire importante avec toi. (Cassio sort) Comment vous sentez-vous, Général ? Vous ne vous êtes pas blessé à la tête ?
Othello – Est-ce que tu te moques de moi ?
Iago – Me moquer de vous ! Non, grand Dieu. Vous devriez supporter votre affaire en homme.
Othello – Un homme qui porte des cornes est un monstre, une bête.
Iago – Alors il y a des troupeaux de bêtes dans nos villes, et des monstres civilisés.
Othello – A-t-il avoué ?
Iago – Mon bon seigneur, soyez un homme. Songez que tout individu marié est sous le joug avec vous. Et ils sont des millions à dormir chaque nuit dans des lits profanés qu’ils pensaient réservés à eux-mêmes. Oh ! c’est un tourment de l’enfer, un ricanement du démon, que d’étreindre une gourgandine dans son lit familier en la croyant fidèle. Non, je dois tout savoir ! Et sachant qui je suis, je sais ce qu’elle deviendra !
Othello – Oh ! Tu dis vrai. Ça, je le sais.
Iago – Tenez-vous un peu à l’écart, et gardez patience. Pendant que vous étiez ici accablé par votre malheur, une faiblesse indigne d’un homme comme vous, Cassio est arrivé. Je l’ai renvoyé en lui donnant une explication rapide de votre évanouissement, mais je lui ai demandé de revenir me parler. Je l’attends. Cachez-vous ici, et notez les expressions, les grimaces, les airs de dédain sur son visage, ou les ricanements, car je vais lui faire raconter toute l’histoire.

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